Ma vie d'autrice-blogueuse, Textes

Un second souffle – Partie I

[TW : deuil périnatal, règles, grossesse extra-utérine, sang]

Avant-propos

Ca fait un moment déjà que je voulais en parler mais c’est seulement maintenant que j’ai décidé de me lancer. Pourquoi ? Parce que.

Parce que j’étais partie pour écrire une autofiction sur le sujet mais que je me suis rendu compte que je n’avais pas le recul nécessaire pour ça.
Parce que je trouve qu’en tant que femme, on a pas le droit de se plaindre, d’être triste ou en colère.
Parce que tout le monde semble savoir ce que l’on vit alors qu’iels ne sont pas dans notre tête, ni dans notre corps.
Parce que chaque situation est différente.
Parce que c’est, je trouve, encore et toujours un sujet tabou.
Parce que je tiens à partager mon témoignage.
Parce qu’aucune femme ne doit avoir à se sentir seule dans ce genre de situation.

Cet article est le premier d’une série de trois consacrés au deuil périnatal, la grossesse et la vie de jeune maman.

En réalité, ces articles, ils sont prêts depuis novembre 2021 lorsque, pour le Nanowrimo, je me suis lancée dans la rédaction complète de tout ce que j’avais vécu et ressenti ces deux dernières années (bientôt trois). Aujourd’hui, je les publie. Pendant trois lundis, je te raconterai comment ça s’est passé pour moi. Je dis “tu” car j’aborderai ici des thèmes personnels.

Je tiens aussi à préciser, avant de commencer, qu’il ne s’agit ici que de mes ressentis, basés sur mon expérience personnelle. Certain.e.s vont peut-être me considérer comme une ingrate ou une égoïste. Mais une fois encore, c’est mon point de vue. Libre à toi qui te sens concerné.e de ne pas poursuivre la lecture.

J’ai nommé cette série d’articles Un second souffle, titre original de l’autofiction que j’avais imaginée. La couverture a été créée grâce au site wombo.art.

Je te préviens également que ces textes seront relativement longs. N’hésite pas à faire des pauses.

Bonnes lectures !

Mise en place du cadre

On est fin mai 2019.

Clairement, cette année, je la sentais pas. Je m’étais pété les deux genoux à Londres, on avait eu une inondation dans l’appartement et j’ai parlé à Jason Isaacs mais il m’a pas entendue ! Bref, 2019 était une année pourrie.

Mais de là à penser que ça ne s’arrêterait pas là…

Il faut savoir que mon mari et moi (à l’époque encore mon compagnon), on était ensemble depuis un peu moins de dix ans. Dix ans rien qu’à deux, à se supporter l’un l’autre. On s’était dit qu’il était finalement temps d’ajouter un nouvel humain à notre famille. Et puis, avec les chats, on était déjà préparé.

Ca faisait à peu près trois ans qu’on essayait d’avoir un bébé. Mais en voyant que ça n’arrivait pas, on commençait à ne plus trop y croire. On se disait même que, peut-être, ça bloquait chez l’un de nous.

Quand c’est arrivé, j’avais un retard de règles de deux semaines mais je m’en suis pas vraiment souciée, étant donné que c’était pas la première fois. Sauf que cette fois-là, j’avait des fortes crampes abdominales depuis deux jours (tu sais, le genre de douleur qui te fait rester pliée en deux, sans pouvoir bouger, à attendre que ça passe mais ça passe pas malgré les antidouleurs). Mon mari a insisté et j’ai fini par me rendre aux urgences.

Je te passe les détails de l’attente aux urgences parce que franchement, on s’en tape (et honnêtement, je pourrais t’écrire un roman sur le sujet alors…) et j’avance direct au moment où un médecin à lunettes est entré dans la salle d’examen. Pressé comme jamais, il nous annonce entre deux respirations que ça a pris plus de temps parce qu’ils voulaient vérifier si j’étais enceinte et que c’était positif. Je dis nous parce que ma mère est avec moi (heureusement d’ailleurs) – mon mari était pas disponible à ce moment-là.

Imagine le médecin qui te répond quand tu lui dis que tu as vraiment mal : “si je devais prendre en charge toutes les filles enceintes qui viennent ici avec des crampes…”
Non, je déconne.
Mais imagine quand même.

Il veut me renvoyer chez moi mais ma mère le sent pas. Y a une espèce d’aura d’inquiétude qui émane d’elle et qui me plaît pas. Elle insiste (instinct de maman, déjà passée par là, toussa toussa) et il finit par faire appeler la gynéco de garde pour m’examiner. Pendant qu’on l’attend, je sais pas si je dois pleurer de joie ou de peur.

Quinze minutes. Quinze putain de minutes. C’est le temps qu’il m’a fallu pour passer de je-sais-pas-si-je-dois-me-réjouir-ou-pleurer-parce-que-j’ai-peur à maintenant-je-vais-pleurer-parce que-je-suis-terrifiée.
Je t’explique : la gynéco entre dans la salle d’examen avec un grand sourire. “Vous avez appris la nouvelle ? Félicitations !” Je sais pas pourquoi mais intérieurement, je le sens pas. Je peux pas me réjouir de la nouvelle en question. Et à côté de moi, ma mère fait une drôle de tête, synonyme qu’elle le sent pas non plus.

La gynéco m’ausculte et finit par me sortir un “Je ne vois rien.” Ah.

Se présentent alors à moi deux scénarios : Soit c’est une fausse-couche et ça s’évacuera dans la nuit ; soit c’est autre chose de plus grave…” Suspense.

Au retour, il faut annoncer la nouvelle au mari. En pleurs, évidemment. Et effrayée à l’idée de le décevoir, lui faire du mal.

Intérieurement, c’est la culpabilité qui s’est installée. Sur le trajet, je passe mon temps à m’interroger : Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Est-ce à cause de moi ? Comment on va gérer ça ?

Mais mon mari, lui, il me rassure. Me dit que tout va bien se passer. Il reste fort pour nous deux. Moi, je suis terrifiée.

Opérée en urgence le lendemain, après qu’une autre gynéco de garde ait vu du liquide dans mon ventre, j’apprends que j’ai fait une grossesse extra-utérine (GEU). Dans la foulée, ma gynéco m’annonce que l’une de mes trompes était déchirée, que j’avais une hémorragie interne et qu’on a découvert de l’endométriose.

En passant, elle révèle aussi à mon mari et mes parents que si je ne m’étais pas présentée aux urgences la veille, je n’aurais pas passé le weekend (smiley qui sourit).

Le retour à la maison

Je rentre chez moi le lendemain de mon opération (j’avais aucune envie de rester là-bas). La gynéco m’a mis deux semaines de convalescence. Je dois me reposer au maximum mais je sais que la récupération sera longue. J’ai googlé alors je sais ce qui m’attend (mdr, non. Je sais pas ce qui m’attend).

Honnêtement, les premières semaines, je n’ai aucune difficulté à parler de ce qui m’est arrivé. On m’a probablement prise pour quelqu’un qui veut juste attirer l’attention ou se victimiser mais non. En réalité, j’agis comme si tout allait bien, physiquement comme moralement. C’est presque une conversation normale pour moi. C’est ce qui s’appelle se voiler la face et ce truc va me revenir en pleine tête avec la même violence qu’un boomerang en pierre.

Certaines personnes prennent soin de moi, s’inquiètent pour moi. Qu’elles fassent partie de mon entourage familial, amical ou professionnel. Elles veillent sur moi et mon bien-être. Je ne les nommerai pas ici mais je sais qu’elles se reconnaîtront, même si je ne pense pas les avoir remerciées comme je l’aurais dû.

Les deux semaines sont passées et je reprends le travail. Normal. Je parle de l’opération comme si de rien n’était. Conversation somme toute assez banale. Je sais ce que j’ai vécu, je sais que c’est difficile mais la vie continue. Sauf que ça ne s’est pas arrêté là.

Les complications. C’est ça qui va tout réveiller. De nouvelles crampes, cette fois accompagnées de pertes de sang, me renvoient à l’hôpital.

Nouvelle nuit à l’hôpital à m’interroger sur ce qui m’attend. Nouvelles angoisses, sans dormir, seule avec pour seuls amis, mon téléphone (et mon mari avec qui discuter) et le tramadol que m’a donné l’infirmière. De base, je supporte pas ce médicament mais étrangement, il est devenu mon meilleur ami lors de mes deux courts séjours à l’hôpital.

Ma gynéco me revoit le lendemain. C’est marrant mais elle comprend pas trop ce qui se passe. Je me plains de douleurs à droite mais y a du liquide à gauche. Elle appelle alors la gynéco qui m’a prise en charge la veille et voilà qu’elles commencent à discuter entre elles. La seconde veut opérer, la première refuse de risquer une salpingectomie (ablation d’une trompe) alors que c’était pas nécessaire.

Ma gynéco conclut à une seconde GEU (me demande pas, paraît que c’est rare mais possible…) et opte pour un traitement via injection, dont elle ne m’explique rien (je précise : je n’étais pas seule avec elle dans le cabinet, ma mère était à nouveau présente à mes côtés).

Du coup, elle ne m’explique pas que le traitement qu’elle me donne va me filer des crampes, provoquer des pertes de sang, me faire me sentir mal. Alors forcément quand ça m’arrive, c’est retour aux urgences avec la peur de nouvelles complications. Bref.

Me revoilà en convalescence, à la maison. Cette fois, ça durera quasi un mois. Une fois encore, je suis seule la matinée. Mon mari doit bosser – il a pas pu avoir congé la première fois, la seconde, j’en parle pas.

Seulement, quand t’es seule à la maison, t’as tout le temps de penser. Et là, je me rends enfin compte de ce qui m’est arrivé. J’ai perdu un bébé.

Alors, certain.e.s diront sûrement (non, en fait, on me l’a dit) que “Non, tu n’as pas perdu de bébé, ce n’était pas encore un foetus !” ou *“Ca va, tu n’en étais qu’au début, ce n’étaient que des cellules !”*ou encore “Y en a qui vivent pire que toi !”

Mais tu sais quoi ? Je me moque de ce que les gens peuvent/ont pu penser. C’est quoi cette manie de venir minimiser ce genre de situation ? C’est déjà assez dur comme ça pour une femme alors vouloir la faire culpabiliser ou lui faire croire que ce qu’elle a vécu, ce n’était rien ?

Moi, à l’instant-même où le médecin m’a dit que j’étais enceinte, j’en avais rien à faire de savoir à combien de semaines j’en étais. Pour moi, la réflexion, elle s’est arrêtée à Je suis enceinte ! POINT.

Car même si ce ne sont que des cellules qui m’ont été enlevées, ces cellules, un jour, elles auraient formé un petit être humain.

Après le choc vient la colère

Au fil des semaines, le choc devient colère et la colère devient rage, une rage comme je n’en ai jamais connue.

Intérieurement, je me sens seule, pas soutenue. Je sais, c’est peut-être juste un ressenti mais c’est comme ça. Certes, mon mari est là pour moi mais ça ne change rien. Lui, il travaille. Moi, je reste à la maison.

Je ressens comme un vide qui ne peut être comblé. Je me rabats alors sur l’écriture (c’est marrant mais le blocage que j’avais a disparu) et la lecture. Je lance mon blog et m’attèle à publier régulièrement des chroniques et autres articles.

Mais cette colère, elle va aller en grandissant lorsque la gynéco nous annoncera qu’à cause de l’endométriose, on a que jusqu’à juin 2020 pour retomber enceinte (preuve qu’elle connaît bien son sujet). Mon mari aussi est en colère. En colère parce qu’il a failli me perdre ; en colère à cause de ce que la gynéco nous a annoncé ; en colère parce que lui non plus, il ne se sent pas soutenu.

Souvent, je m’interroge : avons-nous été trop exigeants envers les gens, espérant qu’ils s’intéressent plus à nous, prennent plus souvent de nos nouvelles ? Ou n’avons-nous tout simplement pas vu leur présence ? Retiens-les bien ces phrases, parce qu’elles vont revenir dans les articles suivants.

Aller de l’avant est difficile. Je souris et reste positive mais c’est la rechute émotionnelle quand je vois apparaître les nombreuses annonces de grossesses sur les réseaux sociaux et dans notre entourage.

Je jalouse (oui, je jalouse) celles qui étalent au grand jour les joies de leur grossesse, leur bonheur d’être jeune maman. Et je trouve injuste que ça ne soit pas moi. Injuste qu’après ces trois années à essayer, la première fois où ça marche, ça foire. En vrai, je supporte pas de voir tous ces étalages de bonheur sur mon fil d’actualité.

J’ai juste envie de m’isoler dans une grotte et ne jamais en sortir.

On essaie de pas trop parler de ce qui s’est passé. On continue de sourire et on discute normal avec tout le monde. On essaie de sortir, on recommence à jouer à Pokémon GO, on rencontre des gens. On avance, mais au fond, j’ai toujours mal.

Néanmoins, cette épreuve nous a encore plus rapprochés, mon mari et moi.

Parler avec des étrangers plutôt qu’à ma famille

Des étrangères, pour être plus précise. Etrangères à moi puisque je ne les connais pas. Et pourtant, je vais me sentir plus proche d’elles que de ma famille, mes amies (attention : j’ai pu parler de ça avec certaines personnes de mon entourage sans avoir l’impression d’être jugée ou de me faire passer pour une victime).

Mais en réalité, c’est plus facile de discuter avec ces femmes qui ont vécu quelque chose de similaire, qui ont de l’endométriose, qui sont désemparées. Avec elles, je peux me confier, leur exprimer mes doutes, mes peines, mes peurs. Elles me comprennent, me font part des mêmes ressentis.

Je suis choquée du nombre de femmes qui ont fait une fausse-couche ou une GEU mais je suis surtout choquée que la majorité d’entre elles à entendu les mêmes remarques que moi. A croire qu’on a pas le droit d’être malheureuse, de souffrir. Après tout, c’étaient pas des bébés alors… (#sarcasme)

Elles me conseillent finalement de consulter une autre gynécologue et me suggèrent d’aller dans un autre hôpital. Le groupe sur lequel je les ai rencontrées est belge, elles me donnent donc des noms de gynécos spécialisés dans l’endométriose dans ma ville. La gynéco que je rencontre va malheureusement partir en Afrique mais elle me redirige vers l’un de ses confrères, spécialisé dans l’endométriose. Sauf que… c’est un homme ! J’avais toujours dit : JAMAIS un homme.

Et pourtant… Je suis tombée sur un gynécologue attentif, à l’écoute, ouvert, avec qui je peux parler librement. Il se montre rassurant sur mes chances de retomber enceinte.

Mais cette fois, je n’ai pas envie de réessayer. La peur que ça recommence est encore trop présente. Quant à mon mari, il est du même avis mais lui, c’est parce qu’il sait qu’il a failli me perdre.

Aller de l’avant, finalement

Au fil des mois, cependant, l’envie de devenir maman grandit encore plus en moi, sans doute le fait d’avoir été enceinte une première fois… Je ressens comme un manque, comme si une partie de moi m’avait été enlevée et j’ai envie de la retrouver. Ce désir est puissant. Mais je me résigne car mon mari n’en veut plus. Autant où dans ma tête, je suis hantée par l’idée d’avoir perdu un bébé, autant où lui est hanté par l’idée d’avoir failli me perdre.

Finalement, le gynéco se montre encourageant. Il se dit même prêt à discuter avec mon mari pour le rassurer. Mes examens sont bons mais est-ce le bon moment ?

To be continued…

1 réflexion au sujet de “Un second souffle – Partie I”

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