Chapitre II. La boule de feu

Les élèves de première année furent invités à entrer dans le bâtiment administratif. Un immense hall, semblable à celui de la gare de Nyx, s’ouvrit devant eux. Il était de forme circulaire, un large escalier en pierres couleur crème montant vers les étages supérieurs, tandis que deux couloirs s’étendaient tels des bras, de part et d’autre des marches, des panneaux indiquant les différents bureaux et salles du bâtiment. Le bureau de la Présidente, ainsi que ceux des professeurs, se trouvaient à l’étage, le couloir de droite menait à l’auditorium principal, celui de gauche vers les salles dédiées aux différentes sections.

Après avoir abandonné leurs bagages dans le couloir de l’auditorium, tous les élèves rejoignirent leur section respective. Milo, Ulysse et ses nouveaux amis avancèrent vers la section des Explorateurs où patientait déjà une cinquantaine d’élèves. Milo aperçu les deux filles qui l’avaient bousculé plus tôt et qui discutaient avec une fille aux cheveux argentés et un grand garçon à la peau brune. D’emblée, Milo comprit qu’ils n’étaient pas originaires de Séléné. Ce qui n’était pas surprenant. L’Académie universelle ne formait pas que des élèves séléniens mais aussi des jeunes issus des autres planètes. Le nombre d’élèves extra-séléniens était d’ailleurs plus important dans les sections Explorateurs et Guérisseurs. Selon ses connaissances et ses observations, Milo en déduisit que la fille venait de Chioné, la planète de glace, et le garçon d’Atlas, la planète la plus éloignée de la galaxie.

La porte de leur section s’ouvrit sur un large bureau où travaillaient cinq personnes chargées de toute l’administration des futurs Explorateurs. Un homme aux cheveux oranges accueillait les élèves, les faisant entrer par quatre dans le bureau. Quand vint son tour, Milo était le dernier. Il pénétra discrètement dans la pièce et se dirigea vers la seule chaise vide qui restait. Face à lui se trouvait une petite femme ronde aux joues roses et à la chevelure noire. Elle lui sourit et l’invita à s’asseoir. Elle s’adressa alors à lui d’une voix aimable et rassurante, qui lui rappela celle de sa mère.

– Bonjour et bienvenue à l’Académie universelle. Quel est ton nom ?

– Milo, répondit ce dernier d’une voix à peine audible.

– Milo, hein ? Eh bien, Milo, je m’appelle Andrea. Je serai ta conseillère pendant toute la durée de ta formation à l’Académie. Si tu as le moindre problème ou la moindre question, tu peux t’adresser à moi. Mais je suis sûre que tout va bien se passer pour toi ! conclut-elle en lui tendant un épais dossier en carton.

Milo ne répondit pas. Au contraire, le garçon semblait pétrifié sur sa chaise. Il n’était pas très convaincu par les derniers mots d’Andrea mais il garda ses appréhensions pour lui. Il saisit le dossier et elle poursuivit.

– Ceci est ton dossier de bienvenue. Tu y trouveras tes horaires de cours, un plan de l’Académie, de ta section et du dortoir des garçons. S’y trouvent également toutes les informations concernant ton logement, le règlement de l’école et une brochure touristique de Nyx avec tous les lieux à découvrir. J’imagine que c’est ta première fois dans la Capitale, n’est-ce pas ?

Milo acquiesça de la tête mais ne dit toujours rien. Andrea lui sourit une dernière fois puis le congédia. Milo était seul dans le couloir lorsqu’il sortit du bureau. Dossier en main, il alla récupérer sa valise dans le couloir de l’auditorium. Il chercha Ulysse du regard mais ce dernier avait déjà disparu avec ses deux nouveaux amis.

Le dortoir des garçons se trouvait de l’autre côté du parc de l’Académie, face à celui des filles. La chambre de Milo était située au premier étage du dortoir, réservé aux premières années. Chaque élève avait sa propre chambre, dotée d’un lit, une armoire et un bureau, offrant ainsi à chacun un espace personnel pour se concentrer sur ses cours. L’étage possédait également deux salles de douches et des toilettes. Les deuxièmes années étaient installées au deuxième étage, selon la même configuration. Au rez-de-chaussée, un immense réfectoire donnait sur le parc tandis qu’une salle d’étude se situait à l’opposé. Milo se prit à rêver du temps qu’il pourrait passer dans cette pièce en admirant les nombreuses étagères couvertes de livres dédiés à l’Univers et aux autres cours dispensés ici.

– C’est sûr que ça vaut pas la Grande Bibliothèque, leur avait dit Icare, un élève de deuxième qui leur avait présenté les lieux, mais vous pourriez trouver toutes les infos dont vous aurez besoin pour vos cours.

Icare abandonna les élèves dans le réfectoire. De longues tables en bois s’y étendaient. Un buffet froid était accessible à tout moment de la journée, en dehors des heures du petit-déjeuner et du dîner, pour lesquels un buffet spécial était dressé. Certains élèves s’assirent à des tables pour discuter et déguster un verre de limonade fraîche, servie par deux serveuses chargées de la cuisine du bâtiment. D’autres partirent à la découverte du site de l’Académie.

Le soir tombait rapidement en cette saison et la belle Ether, lune de Séléné, commençait à prendre sa place dans le ciel nocturne. Milo vit Ulysse assis à une table avec Achille et Ambroise. Il se leva et fit signe à son ami de les rejoindre mais Milo déclina l’invitation d’un léger signe de tête. Il préféra rester seul et sortit admirer les étoiles. Derrière lui, Ulysse le regarda partir, inquiet, avant de reprendre sa conversation avec ses amis.

Dehors, le parc baignait déjà dans l’obscurité. Des lampadaires chargés à l’énergie solaire éclairaient les chemins qui sinuaient entre les larges espaces verts et les parterres de fleurs. Des élèves installés sur l’herbe riaient et bavardaient de tout et de rien. Milo perçut quelques bribes de conversations portant sur leurs études, la ville ou encore l’Académie. Il les ignora et s’enfonça dans le parc, direction un petit banc en bois isolé quelques mètres plus loin. Le silence régnait autour de lui lorsqu’il s’assit. Il prit une profonde inspiration, l’air pur de la nuit envahit ses poumons. La tête penchée en arrière, il ouvrit grand les yeux et fixa le ciel. On raconte que les étoiles tournent autour de nous et que l’on peut les immortaliser avec un retardateur. Sur Séléné, le mouvement des étoiles était visible à l’œil nu, facilitant leur observation pour autant qu’on ne les fixait pas trop longtemps. En effet, un malaise dû à leur mouvement circulaire pouvait vite arriver. Milo les regarda se déplacer, se rapprocher, s’éloigner. Il s’imagina, voyageant parmi elles, se laissant guider jusqu’à l’infini à travers l’Univers. Il ferma les yeux, bercé par le calme de la nuit tombée.

Milo somnolait presque quand un bruit assourdissant retentit au loin. Le garçon sursauta, manquant tomber du banc. Il se redressa et tendit l’oreille vers le ciel mais seul le silence lui parvint. Autour de lui, les rires des étudiants résonnaient toujours faiblement. Il faisait encore chaud en cette période, si bien que les Séléniens aimaient flâner jusque tard dans la nuit. Et les élèves comptaient bien en profiter avant que les devoirs ne commencent à s’amonceler. Une seconde explosion éclata, attirant l’attention des élèves dont les discussions cessèrent immédiatement. La détonation avait paru plus proche cette fois. Une partie de la foule courut se réfugier à l’intérieur des dortoirs, tandis que d’autres en sortirent pour voir ce qu’il se passait.

Le cœur de Milo battait la chamade tandis qu’il fixait le ciel, attendant comme tout le monde que quelque chose se produise. Vu l’ampleur de l’explosion, nul doute que la plupart des habitants de Nyx l’avait entendue. Une énorme boule de feu déchira aussitôt le ciel, brûlant les étoiles sur son chemin. Elle laissait une longue traînée rougeoyante dans son sillage, marquant le ciel comme de l’encre indélébile. Milo la regarda passer au-dessus de sa tête, passer devant Ether et cacher sa lumière quelques instants. La boule de feu semblait si éloignée et en même temps si proche, qu’il put presque en sentir sa chaleur. Il la suivit des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans le ciel. On l’entendit finalement s’écraser dans un fracas assourdissant. Tous se demandèrent où la boule de feu avait atterri. Les plus curieux voulurent même s’y rendre mais ils finirent par se résigner lorsqu’une épaisse fumée apparut du côté des montagnes lointaines de Séléné.

Ces montagnes se trouvaient au nord de la planète, recouvrant entièrement l’une des deux cités secondaires de Borée. De par leur situation, ces montagnes inhabitées représentaient l’endroit idéal pour former les étudiants de première année à la survie en milieu hostile. Elles étaient dépourvues de végétation, certaines montagnes escarpées, d’autres formées par de profondes crevasses. Les élèves des sections Explorateurs et Gardiens y participaient à une forme de retraite, au cours de laquelle ils apprenaient à résister aux conditions extrêmes des autres planètes. Cet exercice était d’autant plus important pour les futurs Gardiens dont certains seraient amenés à assurer la surveillance d’Enyo, planète abandonnée à son propre sort après une rébellion contre la Galaxie et aujourd’hui faisant office de prison galactique. La planète la plus proche d’Eos était sans doute la plus dangereuse et seuls des Gardiens expérimentés pouvaient y descendre en cas d’extrême urgence. Les Explorateurs, quant à eux, étaient voués à se déplacer à travers tout l’Univers, visitant des planètes dont on ignorait tout des conditions climatiques et géographiques qui les attendaient. Enfin, il y avait les Guérisseurs. Ces derniers ne participaient pas à la retraite en milieu hostile mais devaient néanmoins y passer une journée afin d’étudier les différentes situations pouvant amener à leur intervention sur le terrain. 

Milo avait le regard rivé sur ces montagnes dont il ne discernait que les plus hauts sommets, éclairés par Ether dont la lumière brillait à nouveau. Dans quelques mois, il y passerait plusieurs jours en compagnie de ses camarades de section. Une fois encore, son désir de devenir Explorateur sembla s’éloigner un peu plus et Milo eut la désagréable impression que ses choix seraient souvent remis en question cette année, et l’année qui suivra. Il resta là quelques instants encore avant de retourner vers son dortoir. Le parc s’était déjà presque vidé lorsqu’il le traversa pour rejoindre sa chambre où il se réfugia. Il ne prit pas la peine de défaire ses bagages. Au lieu de cela, il se déshabilla, enfila un t-shirt ainsi qu’un vieux short qu’il avait trouvé en ouvrant sa valise, se glissa dans son lit et finit par s’endormir dans un sommeil agité.

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